Christophe Soumillon : du sport et de belles histoires

Chapitre 3 : Quelques épopées de Christophe Soumillon.

Troisième et dernier chapitre de l’épopée de Christophe Soumillon. Nous terminons donc le portrait de ce génie des courses en évoquant ses exploits les plus spectaculaires affublés de quelques anecdotes et du récit de sa belle histoire avec Cirrus des Aigles.

Depuis ses débuts, il n’a cessé de faire montre de son talent. Le nombre et le prestige des courses qu’il a gagnées l’attestent. Tout au long de sa carrière, il aura été le partenaire de bien des champions, parmi les plus illustres ; le phénomène Zarkava, le monstrueux Dalakhani, plus récemment Almanzor ou encore l’atypique Cirrus des Aigles. Avec eux, il offre aux passionnés du turf des courses épiques.

Si la ligne droite de sa « pépite » Zarkava dans le prix Vermeille restera historique tant le départ fut chaotique et l’accélération de la jument phénoménale. Ou si ces deux victoires dans l’Arc de Triomphe resteront longtemps en mémoires. Revenons toute fois sur celle qui marque encore les esprits par son improbable scénario : la course d’Auteuil du 19 juin 2010.

 

Auteuil, la course de tous les possibles 

Ce jour là, en selle sur Mandali, Christophe Soumillon, normalement jockey de plat, a pris le départ de cette course d’obstacles et fait, bien malgré lui, le show. Les deux partenaires auront mené la course de bout en bout, perdant même parfois de vue leurs concurrents dans le rétroviseur. À la fin du premier tour, le jockey belge et Mandali sortent du grand tournant de Passy alors que leurs poursuivants n’y sont pas encore entrés. Christophe Soumillon se permet même de caresser sa monture dans la dernière ligne droite, la victoire leur est acquise et elle est impériale. Ils gagnent avec plus de deux cent mètres d’avance. Lorsqu’ils passent le poteau d’arrivée, le second et favori, Questarabad, n’a pas encore franchi la dernière haie. Du jamais vu ! France Sire titrera d’ailleurs « Soumillon et Mandali : 1er, les autres : nulle part » en référence à l’expression « Eclipse premier, les autres nulle part » qui a résumé l’une des course mythique d’Eclipse au dixième-huitème siècle.

Samedi 19 Juin 2010 – PRIX GRANDE COURSE DE HAIES D’AUTEUIL  – Christophe SOUMILLON- ©Scoopdyga

 

Jean-Paul Gallorini a expliqué après la course : « Mon jockey avait le pied sur l’accélérateur et les autres sur le frein… Mandali n’est pas le premier venu, mais ce qui fait la différence, c’est que Christophe a couru pour gagner et les autres pour faire perdre. » En effet si ce jour là, les autres chevaux n’ont pas pris le train dès le départ, c’était pour empêcher le favori Questarabad de gagner. Ce dernier, habitué des queues de peloton, employait toujours la même tactique en déboitant dans les derniers mètres pour « voler » la victoire à ses concurrents. Aucun d’entre eux n’étaient donc emballés à l’idée de prendre la tête et la lui offrir aussi facilement. C’était sans compter sur Christophe Soumillon qui les prend à contre-pied dès le départ, et s’envole, seul, vers le poteau d’arrivée. Lui ne courrait pas pour la défaite de Questarabad, mais pour sa victoire et celle de Mandali. Plutôt logique quand on y réfléchit mais encore fallait il avoir l’audace de le tenter.

Mandali et Christophe Soumillon passent le poteau d’arrivée, sous les applaudissements de Bartabas, fou de joie et halluciné par cette victoire :

 

« Soumillon est un tacticien génial. Comme tous les grands jockeys, il a la science du train. Et ce qu’il a fait aujourd’hui, sans avoir l’expérience des autres jockeys d’Auteuil, est fantastique » s’est exclamé Bartabas, le propriétaire du cheval, à la fin de la course. Car oui « petit détail » : ce n’était que la seconde fois que le jockey belge montait en courses d’obstacles. 

Dans les vestiaires, Christophe Soumillon ne revient toujours pas de cette course de « fou » et raconte comment il l’a vécue :

 

L’imprévisible Cirrus des Aigles 

Il en aura gagné des chevauchées avec celui qui était surnommé « le roturier des courses », en référence à ses origines qui ne lui promettaient pas une pareille destinée :

« Tout d’abord, c’est un cheval qui a fait passer beaucoup de gens pour des imbéciles. Il a fait taire beaucoup de personnes qui ont eu des mots ou des pensées parfois négatives à son sujet ou même vis-à-vis de son entourage. Beaucoup ont cru, qu’à un moment donné, il était fatigué, qu’il n’en pouvait plus, ou qu’il en avait marre. C’est ce que je vais retenir au départ parce qu’il est vrai que, même moi, il m’a surpris à plusieurs reprises. C’est un cheval qui a un cœur de lion. Sa grande force, c’était de savoir respirer tout en allant très vite et il possédait une aptitude au terrain lourd, bien supérieure à n’importe quelle moyenne. “Cirrus” avait un tempérament de poulain, à chaque fois qu’il entrait en piste, un peu fougueux, dérobant un peu avant de vous prendre la main, vous perdiez le contrôle pendant cinq cents mètres et il s’en amusait. C’est un cheval fantastique que n’importe quel propriétaire rêverait d’avoir. » Christophe Soumillon rendait hommage à Cirrus des aigles, dans l’Éperon, après l’annonce de la retraite du crack.

 

Le triple vainqueur du Prix Ganay en a notamment offert deux à Christophe Soumillon, dont celui de 2014 qu’il a emporté au terme d’une lutte féroce et interminable face à la brillante Trêve.

« Si je devais retenir une seule course, ce serait le jour où nous avons battu Trêve dans le “Ganay”. Je crois que personne n’aurait prédit ce scénario. Il fallait un cheval hors norme pour remettre un ultime coup de reins et battre une telle championne. », avait confié son jockey toujours bluffé par la performance du crack.

 

Prix Ganay 2014, le match Cirrus des Aigles VS Trêve :

 

En 2015, nouvelle victoire des deux cracks au Prix Ganay. Ce jour là, ils sont tout simplement intouchables et l’emportent avec une facilité déconcertante. Christophe Soumillon ne tarit alors pas d’éloges sur son complice et déclare à la fin de la course :

« C’est un phénomène. Il s’est une nouvelle fois montré impressionnant. C’est une grande chance d’être associé à un tel cheval. Il connaît mieux Longchamp que moi. Je n’ai pratiquement rien eu à faire. » Pour l’anecdote d’ailleurs, le jockey n’a pas eu besoin d’utiliser sa cravache. Il l’a même offerte à Corine Barande Barbe, l’entraîneur de Cirrus, après la course.

 

Dimanche 03 Mai 2015 à Longchamp – PRIX GANAY – Christophe SOUILLON & Cirrus des Aigles remportent une nouvelle fois le Prix Ganay ©Scoopdyga

Presque le même sourire pour les deux champions ! Dimanche 03 Mai 2015 à Longchamp – PRIX GANAY – Christophe SOUILLON & Cirrus des Aigles ©Scoopdyga

 

Un champion au coeur de velours

Crack-jockey incontestable, amoureux de la piste, addict à la gagne, mais aussi et sans aucun doute passionné de chevaux, Christophe Soumillon s’est particulièrement attaché à l’un d’entre eux. En 2016, lorsque Cirrus des Aigles est mis à la retraite, Christophe Soumillon le récupère. « L’inénarrable » et très populaire hongre de douze ans, coule depuis des jours heureux dans la propriété du jockey près de Chantilly. L’occasion de retrouver les deux champions complices, dans un cadre moins formel que celui de la compétition :

 

 

Vendredi 26 Aout 2016 à Deauville – CIRRUS DES AIGLES, Christophe Souillon, Sophie Thalmann et leur fille. ©Scoopdyga

 

Christophe Soumillon se donne les moyen de gagner, est fier et heureux lorsqu’il y parvient et ne s’en cache pas. Une honnêteté qui pourrait être confondu avec de l’arrogance mais qui n’en est rien. Il ne montre seulement aucune fausse modestie. Même lorsqu’il lâche en parlant de son record d’Europe cette année « c’est pas un truc de fou, seulement mon métier« , au micro d’Equidia. Sans faux semblants et sans jamais oublier de remercier ses proches et collaborateurs – famille, agent, propriétaire, entraineur – , l’inarrêtable jockey fête ses victoires, dit ce qu’il pense et avance. Il a le propre de tous les champions : le dépassement de soi chevillé au corps et l’amour du challenge. Qu’on en vienne à aimer le sportif et homme de cheval passionné qu’il est ou qu’il agace par son insolent talent, le jockey force, quoiqu’il en soit, l’admiration. Chapeau bas à ce grand monsieur, en espérant qu’il continue à nous donner, encore longtemps et sans aucune prétention, de telles leçons !

 

Anaïs Durr/©Scoopdyga

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