Tristan de Genouillac, de l’Amérique à l’abbaye

Atout Cheval s’est intéressé à Tristan de Genouillac, un homme de cheval, issu d’une famille de passionnés. À l’âge de 23 ans, le jeune homme fait la rencontre de Ready Cash, qui deviendra double vainqueur du Prix d’Amérique en 2011 et 2012. Malgré de beaux moments et de très belles victoires, une remise en question personnelle s’impose à Tristan. Le jeune homme se retire quelques mois dans les ordres à l’Abbaye Notre-Dame de Fontgombault. Un changement de vie assumé et nécessaire pour ce passionné.

Tristan de Genouillac fait partie de ces lads (garçons d’écurie s’occupant d’un cheval) sous une bonne étoile. Il fait partie de ceux que l’on envie, mais dont la chance n’est pas issue de nulle part. Avec un grand-père propriétaire de chevaux de course et un oncle entraîneur en Normandie, le jeune homme prend vite conscience qu’il suivra les traces de ses aïeux. Il découvre l’école de la vie chez Jean-Philippe Dubois, entraîneur de renom. Après quatre ans en apprentissage, Tristan ressent l’envie « d’aller voir ailleurs » et s’envole pour de nouveaux horizons. Son sérieux au travail l’amène à intégrer en 2008, l’écurie de Thierry Duvaldestin, à la Ferté-en-Ouche (61). « Je le connaissais depuis longtemps, j’avais déjà fait un stage dans ses écuries et mon oncle avait des chevaux chez lui », indique-t-il.

Le coup de foudre

Ready Cash, trotteur français bai de 5 ans, arrive en 2010 aux écuries de Thierry.  « Je m’en souviens bien, il venait de faire une contre-performance au Critérium des 5 ans. C’était un cheval super mais très caractériel, il était compliqué. On devait changer ses habitudes. On a réalisé un gros travail avec Thierry Duvaldestin. » Les mois avancent, le cheval change et une relation privilégiée s’installe entre Tristan et le crack. Le grand bai gagne pour la seconde année le prix Marcel Laurent. Là, Thierry m’a dit : « tu t’en occupes sérieusement ! ». Tristan sait qu’il a de l’or entre les mains.

« À partir de ce moment, je n’ai plus jamais compté mes heures. Je suis tombé en quelque sorte amoureux de mon cheval. Toute ma vie était tournée autour de mon cheval. Je prenais très peu de vacances, je faisais une croix sur mes week-ends. Si on veut avoir des champions et travailler avec des champions, les horaires, ça doit être le dernier de vos soucis. Alors, je me suis dévoué à Ready Cash. »

Mais devenir le lad de Ready Cash et le rester, ça se mérite. Pour cela, Tristan le sait, il a fallu travailler d’arrache-pied, faire ses preuves devant Thierry Duvaldestin. « Il m’a fait confiance, j’ai toujours été serviable et honnête avec lui. J’étais sérieux dans mon travail. C’est moi qui avait la chance de trotter Ready Cash. On ne le mettait pas entre toutes les mains. »

« Quelque chose de plus me tenait à cœur »

Une relation privilégiée s’instaure entre le jeune homme et le cheval. Tristan de Genouillac voit son cheval au plus haut niveau. « J’ai touché le Graal avec Ready Cash. On a gagné le Prix d’Amérique en 2011 et 2012. C’est la plus belle course au monde, je souhaite à tout le monde de vivre ça. C’était un cheval exceptionnel, je passais mes journées avec, et il nous donnait tout ».

Mais voilà, Tristan prend du recul. Il prend conscience qu’en donnant sa vie à Ready Cash et au monde des courses, il n’a pas pris le temps de savoir qui il était vraiment. « J’avais besoin de me recentrer sur moi-même, et de me poser les bonnes questions. Je sentais qu’il y avait quelque chose de plus qui me tenait à cœur. Je n’avais plus de vie familiale. Il n’y avait plus rien en dehors de Ready Cash. Je voyais que je prenais de l’âge, je me posais des questions sur ma vie. »

Durant six mois, il se retire dans les ordres à l’Abbaye Notre-Dame de Fontgombault (36), il se recentre sur lui-même, découvre la vie en communauté, l’échange, il prend du temps pour lui et change de manière de penser. « Je sentais qu’il fallait que je vive cette expérience. C’était pour moi le moment d’aller voir ce qui se passait autour du monde du cheval. Ça m’a fait beaucoup avancer et progresser dans ma vie intérieure, intellectuellement, et même physiquement. Mais au bout de six mois, je me suis rendu compte que ce n’était pas ce à quoi j’aspirais. Je n’étais pas complètement épanoui, je ne trouvais pas mon équilibre de vie. Ça a été une très belle expérience. J’ai pris conscience qu’il n’y avait pas que le boulot dans la vie, il y a également la famille et les amis. »

Mais Tristan l’affirme : « Si j’avais été vraiment heureux là-bas, et complètement satisfait, je ne serai pas ressorti des ordres ». C’est pourtant le cheval qui le rattrape. Deux mois après être sorti de l’abbaye, le jeune homme reprend du service en terrain connu : chez son oncle, au Haras de l’Iton. Il y poursuit sa vie et vit son amour du cheval avec plus de recul, et surtout la satisfaction d’avoir pris le temps de comprendre qui il était vraiment.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *