« À cheval je ne suis plus aveugle, les chevaux voient pour moi », Patrick Moutomé

Après de belles années aux côtés de cascadeurs et de dresseurs professionnels, Patrick Moutomé, cascadeur lui-même, perd la vue au cours d’un spectacle dans un parc d’attractions. Pourtant il ne s’arrête pas là et persévère. En bon homme de cheval, il adapte son équitation et développe une monte de contact. Le dresseur offre aujourd’hui une belle leçon de vie et d’humilité. Portrait.

ATOUT CHEVAL : Comment avez-vous découvert l’équitation ?

PATRICK MOUTOMÉ : Tout à fait par hasard. Un jour, je suis allé monter à cheval pour me promener. Je n’étais pas du tout destiné à l’équitation. Je suis arrivé dans un club à Montlignon, en Île-de-France et la personne qui m’accompagnait s’est retournée et m’a demandé si je ne connaissais pas quelqu’un d’intéressé pour être palefrenier chez lui. Je ne savais pas en quoi consistait le métier mais je lui ai répondu « moi ». Cette personne était en fait Mario Luraschi. J’ai donc commencé chez lui en tant que palefrenier, avant qu’il m’initie à la voltige et aux cascades. D’autres personnes ont également compté pour moi dans mon apprentissage de l’équitation de spectacle : Jean Richard, le propriétaire de la Mer de sable, Georges Branche, le responsable des spectacles et cascades de ce même parc, Gérard Naprous, un acteur et coordinateur de cascades et Michel Henriquet, un grand maître de l’équitation.

A.C. : En 1980, alors que vous travaillez aux côtés de Mario Luraschi, vous avez un accident. Pouvez-vous nous raconter cette période de votre vie ?  

P.M. : J’étais responsable d’une équipe de cascadeurs dans un parc d’attractions. Nous étions en train de régler le spectacle de l’année suivante quand un canon a explosé. J’étais devant. J’ai perdu la vue sur le coup. Transporté à l’hôpital, j’ai subi plusieurs opérations. Un an après j’ai finalement retrouvé l’usage d’un seul œil. Durant les dix années qui ont suivi, j’ai remonté une équipe de cascades avant de reperdre définitivement la vue. Aujourd’hui j’arrive à parler de cet accident mais ça n’a pas toujours été le cas. C’est quelque chose que j’assume mais que je n’accepte pas. J’ai eu beaucoup de chance d’être aussi soutenu par les personnes que j’aime.

A.C.! : Quelques années plus tard, un ami vous pousse à vous remettre en selle. Que vous êtes-vous dit à ce moment-là ?

P.M. : Vous savez, j’ai géré une écurie pendant une vingtaine d’années sans pour autant monter à cheval. Quand le club s’est vendu, mon meilleur ami m’a suggéré de remonter à cheval. Je n’étais pas vraiment convaincu car  je pensais que ce n’était pas possible. Puis nous sommes partis ensemble en Espagne et j’ai finalement craqué. Je me suis acheté des chevaux. Au fond de moi, c’était presque un regret de ne plus pouvoir monter à cheval. Et au fur et à mesure des mois, c’est devenu un challenge. La remise en selle a finalement été plus facile que ce que j’avais imaginé.

A.C.  : Votre handicap ne vous a finalement pas arrêté en si bon chemin puisque vous êtes aujourd’hui à la tête de votre propre équitation. Comment fait-on pour monter à cheval et dresser lorsqu’il nous manque la vue ?

P.M. : Mon handicap a été une réelle force. Le fait de ne pas voir m’a permis d’aborder une équitation de façon complètement différente. J’ai dû emprunter des chemins transverses et percevoir des repères que je n’avais pas. En réalité, j’ai dû revoir complètement le contact avec les chevaux. En selle, j’ai dû intégrer d’autres éléments tels que la cadence, le rythme, le souffle du cheval, le positionnement et puis la confiance envers l’animal. Je me suis complètement mis à la disposition de mon double et je me suis aperçu que les chevaux étaient devenu très à l’écoute. Je suis souvent bluffé par leur comportement.

A.C.  : Quels sont vos projets pour la suite ? À quoi rêvez-vous ?

P.M. : (rire) J’aimerais travailler mes chevaux aussi longtemps que possible. Je souhaiterais savoir  jusqu’où il est possible d’aller avec eux. Mon propos n’est pas de montrer aux gens ce qu’un aveugle est capable de faire avec ses chevaux, ce qui est important pour moi est de voir le chemin que j’ai parcouru. Je ne pensais pas être capable de remonter à cheval et finalement je le suis. À cheval, j’oublie mes problèmes. Oui, je suis aveugle mais les chevaux voient pour moi. En quelque sorte, je retrouve la vue. Je veux donc continuer à prendre du plaisir  et que cela dure le plus longtemps possible. C’est aussi simple que cela !

Par Vanessa Robbé – Photos : Julie Moutomé Doumé

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