« J’aimerais obtenir une médaille d’or… », Jean-Philippe Frances

« J’aimerais obtenir une médaille d’or, je suis à chaque fois proche du but », Jean-Philippe Frances.

Cavalier professionnel d’endurance et marchand de chevaux, Jean-Philippe Frances récemment médaillé de bronze en individuel aux championnats d’Europe de Šamorín n’en finit pas d’impressionner à l’exception près que l’or lui manque. Rien ne le prédestinait pourtant à faire carrière dans l’endurance avant sa rencontre avec Bénédicte Émond-Bon, actuelle sélectionneuse de l’équipe de France. Une rencontre et une vie bouleversée. Entrevue avec un passionné d’endurance.

ATOUT CHEVAL! : Vous avez commencé à monter à cheval à l’âge de huit ans. Comment est née votre histoire d’amour avec l’endurance ?

JEAN-PHILIPPE FRANCES : Mon père m’a offert un poney lorsque j’avais six ans, un poney assez difficile à manipuler. Il a alors décidé de m’inscrire au centre équestre de Bénédicte Émond-Bon (actuellement sélectionneuse de l’équipe de France d’endurance, ndlr) afin que j’apprenne à monter et que je parvienne à dresser ce poney. De fil en aiguilles, j’ai poursuivi les cours, pratiquant un peu toutes les disciplines. J’ai participé à de nombreux concours amateur de saut d’obstacles, dressage et concours complet. Et puis, Bénédicte a commencé à pratiquer l’endurance. De ce fait, j’ai commencé à réaliser des courses le week-end et c’est là que le virus a pris. Bénédicte s’est très vite dirigée vers le haut niveau. Je suis avant tout passionné de chevaux et je me suis lancé dans cette discipline suite à l’orientation que le club dans lequel je montais, a pris. Peut-être qui si j’avais été dans un club avec une prédominante en complet, je serai aujourd’hui cavalier de concours complet. Un apprentissage de l’endurance avec de très bons chevaux et une enseignante pratiquant au plus haut niveau, la combinaison parfaite pour être là où je suis aujourd’hui.

A.C. ! : Vous avez donc très vite choisi le haut niveau et votre métier, cavalier d’endurance après des études dans le sport. Est-ce que vous vous prédestiniez à ce métier ?

J.P.F. : J’ai fait mes premiers cent-vingt kilomètres à l’âge de quinze ans. En parallèle, j’ai poursuivi mes études. Après un baccalauréat scientifique, j’ai intégré la faculté des Sciences du sport de Marseille. Ces études, je les ai choisi, non pas pour devenir cavalier professionnel, marchand de chevaux ou encore professeur de sport mais pour poursuivre dans la recherche, Maîtrise que je réalisais à ce moment-là. Et puis, j’ai commencé à faire mes premiers championnats d’Europe en 1993, ma première médaille d’or par équipes en 1997 à l’âge de vingt ans. Et puis, les Émirats sont arrivés dans l’endurance et ont investi beaucoup d’argent dans la discipline. C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que l’on pouvait commercialiser des chevaux et vivre de ce sport. J’ai donc commencé à vendre mon premier cheval, j’ai mis le pied dans le monde professionnel et j’ai arrêté mes études pour me consacrer à cette activité. Au lendemain des championnats d’Europe de Rome en 1997, les ventes ont commencé à décoller et les chevaux d’endurance à se vendre de plus en plus chers. Les Émirats ont à cette période changé la face du sport et la manière d’appréhender l’endurance.

A.C. ! : En 2000, vous vous êtes donc lancé dans la valorisation et la commercialisation de chevaux avec l’achat de votre propriété, l’écurie JPR à Venelles. Une deuxième activité qui occupe pleinement vos journées. Que vous manque-t-il aujourd’hui pour être pleinement heureux ?

J.P.F. : (Rire). J’ai un peu trop de médailles d’argent et de bronze. J’aimerais arriver à obtenir une médaille d’or sur un championnat d’Europe ou du monde. Je l’ai déjà obtenu en 2007 avec Hanaba du Bois. Je suis à chaque fois proche du but mais ça reste compliqué de se battre contre des écuries européennes assistées par Dubaï. Les chevaux ne sont pas entraînés de la même manière, ils sont souvent entraînés dans le désert. C’est un peu rageant.

A.C. ! : Vous avez en effet, remporté de nombreux titres, des médailles d’or, d’argent et de bronze. Récemment aux championnats d’Europe de Šamorín, vous avez décroché une médaille d’argent par équipes et une de bronze en individuel. Êtes-vous ravi de la tournure des événements ?

J.P.F. : Je suis très fier de Secret de mon Cœur, il est très performant et je me suis beaucoup investi pour que nous en arrivions-là. Ce n’est pas le cheval le plus doué que j’ai eu dans ma carrière mais il est très sérieux et surtout en perpétuelle progression. Il a un parcours sans faute. C’est un cheval très particulier auquel je suis très attaché. Son ancien cavalier, Aurélien Rocchia a réalisé un très bon travail. ils avaient notamment remporté les championnats du monde des sept ans à Valeggio sul Mincio, en Italie. J’ai également beaucoup adapté mes entraînements pour que l’on atteigne le haut niveau. J’ai la chance d’en être là aujourd’hui parce que j’ai avant tout un cheval sain et qui n’a jamais eu de soucis de jambes. Cela me permet d’utiliser toute mon expérience, mes acquis pour réaliser de belles choses. C’est pour moi le nerf de la guerre d’avoir un cheval solide. À Šamorín, il a même reçu le prix du cheval ayant la meilleure condition, un titre attribué à l’issue de la compétition à la monture étant la plus fraîche physiquement. Les juges choisissent parmi les dix meilleurs chevaux au classement et attribuent le titre sur des critères définis au préalable.

A.C. ! : Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans l’endurance et en faire son métier ?

J.P.F. : Pour en faire son métier, il faut avant tout être passionné. Quel que soit le milieu professionnel lié au cheval, cela demande un investissement en temps considérable. Il faut avoir conscience du fait qu’il s’agisse d’un métier très contraignant avec un rythme de travail élevé, les trente-cinq heures n’existent pas. Après, il faut également aimer l’effort physique et le dépassement de soi. L’endurance inclut aussi de bien connaître le cheval, de travailler à sa préparation et d’avoir des notions de physiologie sportive. Il faut connaître les techniques équestres, la maréchalerie, l’alimentation plus que dans d’autres sports vu la durée de l’effort. Nous sommes sur un créneau moins technique que le saut d’obstacles mais il faut être très vigilent et performant dans les soins administrés aux chevaux. Il faut parvenir à gérer tous les paramètres du cheval, de A à Z.

Par Vanessa Robbé – Photo : Sccopdyga

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